La France de l’égalité

A moins de 70 jours du premier tour de l’élection présidentielle, tous les candidats tentent d’occuper un terrain identifié comme le leur. Ces derniers temps, nous avons énormément entendu parler des principes de fraternité, de sécurité, de laïcité, de liberté, de progrès, d’écologie… Toutes ces valeurs sont primordiales, quand bien même chaque tendance politique n’y met bien trop souvent que ce qu’elle veut y mettre. 

Mais nous n’avons que trop peu entendu parler d’égalité. C’est à mon sens une énorme erreur, que l’actualité récente nous démontre.

 

L’égalité, fondement de mon engagement, c’est donner à chacun la même ligne de départ, la même chance de réaliser le potentiel qui est le sien ainsi que ses projets sans être pénalisé par son lieu ou condition de naissance. On  a pu appeler cela égalité réelle, égalité des chances ou justice sociale, le fondement en est la même : le droit légitime qu’a chacun de demander à ce qu’on le juge sur ses actes et son potentiel, et non sur la perception qu’on peut avoir de lui a priori. Nous en sommes loin, lorsque l’on sait qu’aujourd’hui  les enfants d’ouvriers ont huit fois moins de chances de réussir des études supérieures. Pire encore, il existe un sentiment latent que les inégalités progressent : depuis 1981, le nombre de députés issus du monde ouvrier n’a cessé de diminuer, passant de 31 à 11 en 2012. Le monde politique s’uniformise, et sa pensée aussi.

 

C’est ce ressentiment qui ressort aujourd’hui après « l’affaire Théo ».

Soyons clairs, l’immense majorité des policiers est irréprochable dans son travail et dans son attitude. Nous leur devons une éternelle reconnaissance pour le travail qu’ils font pour nous protéger, surtout dans le monde actuel.

 

Le problème, c’est que quelques individus déshonorent la profession. L’autre problème, c’est que ces quelques individus commettent leurs bavures aux mêmes endroits et contre les mêmes personnes : des jeunes, souvent de couleur, souvent dans des quartiers socialement défavorisés. Les abus dans les contrôles d’identités tout comme les violences policières entretiennent la rupture entre une jeunesse qui sait déjà qu’elle a moins de chance de réussir parce qu’elle habite une banlieue et  donc que son CV aura d’autant plus de chances d’être rejeté. C’est ce sentiment d’injustice qui met nos banlieues sous tension.

L’explication sociale n’est pas exclusive de la réponse sécuritaire lorsque les réseaux mafieux ou radicaux gangrènent certains territoires de la République. Mais si certains, peu scrupuleux, confondent délibérément ces réseaux avec la totalité des habitants de ces territoires, alors nait l’injustice, l’inégalité de traitement, et au final l’inégalité des chances. C’est ce sentiment qui est dévastateur. La réponse est multiple : sécuritaire, sociale, économique, géographique… Mais se contenter de pointer du doigt des éléments perturbateurs (à qui rien ne doit être toléré mais qui ne sont pas représentatifs), comme le font la droite et l’extrême droite, c’est refuser de voir la crise sociale et s’exposer à de plus grandes crises encore demain. Le sentiment d’inégalité dans la République est dévastateur lorsqu’il est partagé.

 

Plus que jamais, notre combat doit être celui de l’égalité. Cela passera par un soutien à une nouvelle politique de la ville qui vise avant tout à favoriser la mobilité (transports en commun, continuité urbanistique, accès à internet, à l’emploi et au télétravail) et la création d’entreprises. Cela passera aussi par une mise en place des CV anonymes et des sanctions beaucoup plus lourdes envers les entreprises qui se permettent des discriminations inacceptables. Enfin, cela ne pourra se faire sans une lutte intransigeante, de chaque instant, contre les réseaux mafieux et islamistes.

Plus nous les ferons reculer, moins il sera facile aux procureurs improvisés de stigmatiser toute une population pour les actes de quelques-uns.

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